Si vous avez lu mon article sur l’utilité de la classe inversée en cours de langue, vous avez sûrement une question qui reste en suspens : comment je fais pour que tous mes élèves consultent le cours avant la classe ? Comment éviter les « passagers clandestins » qui vont laisser de côté le travail de préparation ?

C’est un point central pour la classe inversée en FLE : dans votre cours, sans adhésion au projet et sans autonomie suffisante de la part de vos apprenants, la progression sera difficile. Voici deux situations différentes que j’ai moi-même vécues (les noms ont été changés) :

SITUATION 1

Prof de FLE : Alors, pour aujourd’hui il fallait regarder la vidéo sur le passé composé et faire les exercices. Pedro et Isabel, vous pouvez venir au tableau et compléter ce que j’ai commencé à écrire ?
Pedro : Non… je ne sais pas…
Prof : T’as pas regardé la vidéo ? T’as pas fait les exercices ?
Pedro : Non, désolé…
Prof : Et toi Isabel ?
Isabel : Désolée, Internet pas fonctionne…
Prof : Mais qui a regardé la vidéo dans la classe ???
Trois mains se lèvent, dans un groupe de 10 apprenants. Tristesse.

SITUATION 2

Prof de FLE : Alors, pour aujourd’hui vous deviez regarder la vidéo sur le passé composé et faire les exercices. Pedro et Isabel, vous pouvez venir au tableau et compléter ce que j’ai commencé à écrire ?
Pedro et Isabel s’exécutent et complètent le tableau.
Prof : Très bien ! Arturo, il y a une petite erreur ici, tu peux venir la corriger ?
Arturo corrige avec succès, et explique à Isabel son erreur.
Prof : Maria et Paula, vous pouvez écrire des phrases d’exemples avec des verbes qui s’utilisent avec ÊTRE, et d’autres avec AVOIR ?
Pendant qu’elles écrivent la prof passe voir les prises de notes dans les cahiers des apprenants. Tout le monde a pris la peine d’en écrire – plus ou moins bien, mais au moins c’est fait !

Bon, j’ai peut-être un peu enjolivé la situation 2 (mais juste un peu). Comment arriver à ce degré d’implication de la part des apprenants ?

La motivation : la clé de l’adhésion des apprenants à la classe inversée en FLE

Le rôle clé de la motivation dans l’acquisition de nouvelles connaissances n’est plus à prouver. Dans une classe de FLE, les apprenants aux motivations personnelles les plus fortes seront ceux qui tireront le meilleur profit du cours. Quand on met en place une classe inversée, il faut donc prendre en compte le facteur de la motivation pour favoriser l’adhésion des apprenants à ce projet. Plus ils auront conscience de l’utilité du projet, plus ils seront motivés pour s’y impliquer, et plus ils feront preuve de responsabilité.

Au cours de mes recherches pour mon mémoire de M2 sur la classe inversée, je suis tombée sur un article de Héloïse Dufour. Elle présente quatre grandes lignes pour favoriser l’adhésion des élèves au changement de leur environnement d’apprentissage :

1- Bien présenter le projet de classe inversée

Ici il ne s’agit pas seulement d’expliquer aux apprenants en quoi consiste la classe inversée, mais également de leur faire comprendre pourquoi elle sera utile dans leur apprentissage du français. Vous devez donc insister sur les deux éléments suivants : le gain de temps en classe et le respect de leur rythme d’apprentissage.

Concernant le premier point, vous pouvez leur expliquer qu’en préparant chez eux le point de grammaire (ou autre – ce que vous avez choisi) du prochain cours, vous dégagerez plus de temps pour les activités de groupe et pour leur faire pratiquer la langue.

Pour le deuxième point, concernant le rythme d’apprentissage, montrez-vous empathique. Vous pouvez leur dire que, dans le groupe, vous avez remarqué des rythmes d’apprentissage différents : certains ont besoin de plus de temps que d’autres pour assimiler. La classe inversée permet de respecter ce rythme, puisque avec une leçon en vidéo, on peut lire et assimiler le contenu sans dépendre de la dynamique de la classe.

Enfin, je vous conseille de bien indiquer aux apprenants comment vous allez procéder, c’est-à-dire d’insister sur les aspects plus techniques : quelles ressources vous allez utiliser, ce qu’ils devront faire, ce que vous ferez au prochain cours à partir des éléments qu’ils auront étudié chez eux. Ce dernier point est très important : il faut qu’ils comprennent que le cours suivant dépendra de leur implication dans la préparation du cours.

2- Créer des ressources engageantes

Quand vous créez du contenu pour la classe inversée, respectez certaines règles. Tout d’abord, le degré de difficulté doit être léger, et il ne faut pas trop varier les consignes. Par exemple, veillez à utiliser seulement du vocabulaire que les apprenants connaissent, ne rédigez pas des consignes de trois lignes, allez à l’essentiel dans vos explications et laissez les points délicats (oulala les exceptions) pour le cours en classe.

Gardez à l’esprit que les apprenants seront seuls chez eux devant le contenu. Ils sont plus susceptibles de se décourager à la moindre difficulté rencontrée. On veut éviter cela à tout prix.

Je parlerai de cet aspect plus en détail dans un autre article, notamment des vidéos – puisque c’est mon domaine – et de la notion de « charge cognitive » à respecter.

J’ai bien conscience que créer des ressources pour la classe inversée, ça prend du temps ! L’étape de réflexion est tout aussi prenante que l’étape de réalisation. C’est pourquoi je vous propose dans ma boutique des packs qui vous permettent de tester la classe inversée sans perdre de temps.

image pack classe inversée futur simple a2

3- Contrôler l’implication des apprenants

Pour ce critère, j’ai fait le choix de regarder les notes prises par mes apprenants pour préparer le cours. Bien entendu, je leur donne des conseils, ou des exemples de prises de notes efficaces. S’ils savent que vous allez regarder leurs cahiers (ou tout autre support de prise de notes), les apprenants vont faire plus attention aux notions clés. Attention, ne tombez pas dans l’excès : mieux vaut ne pas donner de sanction. La bienveillance et le conseil seront vos meilleurs alliés si vous voyez qu’un de vos élèves n’arrive pas à noter les points importants du cours pour préparer la séance.

La classe inversée en FLE : comment responsabiliser les élèves 1

J’aime bien utiliser Moodle pour les exercices : les enseignants ont accès aux statistiques qui permettent de voir l’activité des élèves sur la plateforme. La veille du cours j’ai l’habitude de consulter ces statistiques, et de relancer les élèves qui seraient en retard. Je les consulte une nouvelle fois avant le cours : quand un apprenant n’a rien préparé, je prends un petit temps avec lui/elle pour savoir pourquoi ça n’a pas été fait. Pas de discours moralisateur, mais juste un petit rappel sur le fait que leur implication est nécessaire pour leur propre apprentissage.

Il faut que les apprenants se sentent suivis, et non fliqués : la différence réside dans l’absence de sanction en cas de manquement, et dans la bienveillance à l’égard de ceux qui auraient plus de difficultés à s’adapter à la classe inversée. Je vous assure que, d’après mon expérience, le fait de se savoir suivi par l’enseignant(e), même à distance, renforce le lien avec l’apprenant et l’implication dans le projet de classe inversée.

4- Ne pas répéter les contenus

C’est très important de ne pas répéter le contenu de votre cours à distance pendant votre séance en présentiel. Sauf cas de force majeure (la majorité des apprenants qui n’auraient pas préparé la classe – je ne vous le souhaite pas), il ne faut surtout pas céder à la tentation d’expliquer le point de grammaire que les élèves sont censés avoir préparé.

Sinon, ils vont penser « bah puisque le prof ré-explique tout en classe, je n’ai aucun intérêt à perdre du temps chez moi à préparer le cours ». Et leur implication dans le projet va descendre en flèche, puisqu’ils n’en verront plus l’utilité.

En fait, au début de la séance en présentiel, vous ne devez presque pas intervenir : c’est aux apprenants d’essayer de résumer ce qu’ils ont compris, et d’échanger entre eux sur leurs difficultés. L’enseignant doit maintenir le tout dans la bonne direction, et apporter son aide en cas de difficulté, ou quand un point n’a pas été abordé dans la préparation du cours. Il peut aussi relancer la discussion avec des questions spécifiques.

Par exemple, si vous avez donné aux élèves une vidéo sur les prépositions devant les villes et les pays, une fois en classe pour vous pouvez leur demander :
– quels sont les pays masculins qui se terminent par « e » (les exceptions)
– des exemples de verbes qu’on va utiliser avec les prépositions « en », « au », « aux ».
– s’il y a un autre moyen que le verbe venir pour indiquer l’origine, etc.

Que faire quand un apprenant n’a pas préparé le cours ?

Même si vous arrivez à réunir toutes les conditions ci-dessus, c’est presque inévitable d’avoir un ou plusieurs apprenants qui arrivent en classe sans avoir préparé le cours de classe inversée.

Prenons un exemple : Mario a eu la flemme, il n’a rien préparé. Il est resté muet à votre message de relance. Lors de la mise en commun, il va se rendre compte que les autres membres de groupe ont acquis certaines compétences, et qu’il ne comprend rien à ce qu’il se passe. Qu’il se manifeste ou non, invitez-le à prendre place devant un ordinateur, et à préparer le cours pendant que les autres mettent en commun et passent aux activités communicatives. D’après mon expérience, ça marche : être ainsi en retard par rapport aux autres fait prendre conscience de l’importance de la préparation. À vrai dire je n’ai jamais eu de cas spéciaux, d’apprenants qui rejetaient mon projet, donc je n’ai pas connu de situation pire que celle-ci.

Je vous ai donné l’exemple de Mario qui faisait preuve de mauvaise volonté, mais bien entendu il arrive que des élèves soient dans l’incapacité de faire ce qui leur est demandé (problème technique, contretemps, imprévus, etc). Ils sont humains eux aussi, après tout !

Je vous conseille de laisser quelques jours aux élèves pour préparer le cours de classe inversée, ne pas le donner à faire du jour pour le lendemain. En général je laisse entre 3 et 4 jours, en invitant les apprenants à me contacter en cas de problème (technique) ou de difficultés. La veille du cours, je regarde sur Moodle qui a fait les exercices, et j’envoie un petit message Whatsapp ou un mail à ceux qui dont un peu retard. Comme ça, ceux qui avaient oublié ont encore le temps de le faire.

Les retours sont précieux

Après deux ou trois sessions de classe inversée, demandez à vos apprenants de s’exprimer : que pensent-ils de cette nouvelle modalité de cours ? Est-ce que certaines sessions ont été mieux réussies que d’autres ? Qu’ont-ils apprécié ou non ?

Les impliquer ainsi dans le projet leur fera d’autant plus prendre conscience que vous faites ça pour eux, et que ce n’est pas une manière de vous faciliter la vie (ce qu’ils devraient avoir compris, vu la préparation que ça demande). Échangez, et prenez en compte leurs remarques.

Dans certaines cultures, on n’ose pas donner son avis, et encore moins au professeur sur des contenus qu’il a lui-même créés. Dans ce cas, je vous conseille de donner un petit questionnaire à la fin de la classe. N’hésitez pas à utiliser leur langue maternelle, si vous le pouvez. Envisagez les questions suivantes :

→ Combien de temps as-tu passé à préparer tel cours ?
→ Quel est le cours que tu as préféré préparer ? Pourquoi ?
→ Quel est le cours que tu as moins aimé préparer ? Pourquoi ?
→ Pour toi, quels sont les avantages et les inconvénients de la classe inversée par rapport à un cours classique ?

Les réponses que j’ai reçues grâce à ces questionnaires étaient une véritable mine d’or pour moi. C’est d’ailleurs grâce à ça que j’ai compris que, pour la majorité des apprenants, l’avantage principal de la classe inversée était le gain d’autonomie dans leur apprentissage. J’ai également eu des remarques sur la qualité ou la longueur des vidéos. C’est précieux, tout ça, et ça me permet de mieux réfléchir aux modalités de mes prochaines classes inversées.

En résumé : que faire impliquer les élèves dans la classe inversée en FLE

La classe inversée doit être une expérience positive pour tout le monde, et ne doit pas générer d’inconfort, ni de votre côté ni de celui des apprenants. Pour motiver aux maximum vos apprenants et pour les responsabiliser, voici ce que je vous conseille :

1- Préparer une bonne présentation de la classe inversée qui inclut : les objectifs attendus, les modalités du projet, ce qui est attendu des apprenants, les avantages par rapport à un cours classique, des captures d’écran des contenus et/ou de la plateforme en ligne
2- Suivre au maximum les apprenants au début du projet (envoi de photos, de messages), et lâcher la bride petit à petit
3- Leur proposer des contenus agréables à lire et à consulter, simples, accessibles et intéressants.
4- Respecter le projet : ne pas répéter en présentiel un cours prévu pour être étudié à la maison.
5- Être à l’écoute des remarques de vos élèves, et les prendre en compte dans la mesure du possible.

Commentaires

  • Florine le 3 juillet 2020  :

    Super intéressant ! Merci 😉

    • Véronique le 3 juillet 2020  :

      Envie d’en savoir plus. Merci énormément pour cette entrée en matière.

    • Maureen le 5 juillet 2020  :

      Merci Véronique pour votre commentaire, je suis contente que ça vous intéresse !

    • Maureen le 5 juillet 2020  :

      Merci Florine 😉

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