Se lancer dans un projet de classe inversée en cours de FLE implique de passer du temps sur la création de contenus. En effet, il faut créer les ressources que vous allez donner à vos apprenants pour qu’ils étudient à distance. Mais quelles formes vont prendre ces ressources ? Est-ce qu’il faut obligatoirement faire des vidéos ?

Si vous avez besoin d’en savoir plus sur la classe inversée, le vous conseille de commencer par mon premier article, ou par celui où je raconte mon expérience de classe inversée.

La création de capsules vidéos pour la classe inversée

Comment faire des vidéos pour la classe inversée en FLE 1

Les avantages de l’apprentissage par vidéo

Si de nombreux projets de classe inversée utilisent les vidéos pour les contenus à distance, c’est parce qu’elles ont plein d’avantages.

Tout d’abord, il s’agit d’un support motivant (quand il est bien fait !) pour les apprenants. Dans un article du Réseau Canopé, Amaël Arguel, Docteur en psychologie cognitive à l’Université de Rennes 2, explique que « au-delà de l’aspect dynamique et attractif qui contribue probablement à augmenter la motivation de l’élève, les vidéos sont intrinsèquement très bien adaptées lorsque l’ont veut transmettre un contenu dynamique et composé d’étapes successives ».

Ça signifie qu’une vidéo, grâce au découpage visuel qu’elle permet, peut facilement transmettre les étapes d’une réflexion ou d’un raisonnement. C’est particulièrement vrai pour les sciences, puisque des concepts ou des expériences peuvent être schématisés et animés.

En cours de langue, quels seraient les avantages de présenter des contenus en vidéo ? Premièrement, le fait d’avoir en même temps le son (la prononciation) et le texte facilite la compréhension du sujet par les apprenants.

D’autre part, les concepts grammaticaux peuvent être segmentés et schématisés de manière très visuelle. C’est autre chose qui peut faciliter la compréhension, et le fait de pouvoir faire « pause » permet aux apprenants d’assimiler à leur rythme les contenus qui défilent à l’écran.

Je vous parle là de capsules vidéos de grammaire, puisque c’est ce que je fais, mais il est tout à fait possible d’expliquer une compétence langagière en vidéo. Pour l’une de mes classes, j’avais réalisé une vidéo pour « indiquer un itinéraire ». C’était très pratique d’avoir une carte du centre-ville et des flèches animées pour indiquer les directions et illustrer les phrases d’exemples.

Enfin, le lexique aussi peut être introduit dans une vidéo, parce qu’il peut être facilement illustré. Dans mes explications de Révise ta grammaire, j’intègre parfois une petite animation pour illustrer un exemple, afin que le vocabulaire ne soit pas un obstacle à la compréhension du point de grammaire.

Les contraintes à respecter dans la création de capsules vidéo

Créer des capsules vidéos pour la classe inversée ne s’improvise pas du jour au lendemain, cela demande une bonne dose de réflexion et de préparation des contenus en amont.

Voici trois étapes nécessaires pour créer des vidéos pour votre classe inversée en FLE.

1- Préparer le script de la leçon de classe inversée

Comment faire des vidéos pour la classe inversée en FLE 2

Tout d’abord, une fois que vous avez choisi votre sujet, il faut écrire un script. Ce script peut être complet, c’est-à-dire que tout ce que vous allez dire est écrit, ou partiel, avec uniquement votre plan qui résume les points principaux.

Personnellement, je privilégie les scripts complets quand je prépare une vidéo. Ça m’évite d’oublier des éléments, et ça me force à trouver des explications simples, avec le moins de méta-langage grammatical possible. Et aussi, je n’aime pas trop improviser, et je déteste les hésitations (euh… hmm…).

L’une des règles à suivre quand on prépare le script, c’est de se concentrer sur un sujet à la fois, pour ne pas déstabiliser les apprenants. Évitez d’aborder dans la même vidéo un nouvel élément grammatical ET du nouveau vocabulaire. Ça entraînera une surcharge cognitive chez vos apprenants.

Même si cela semble logique, je le précise : ne présentez que des contenus pour lesquels vous êtes sûrs que vos élèves ont les pré-requis nécessaires. Ce conseil ne vaut pas trop pour la création de vidéos, puisqu’en tant qu’enseignant(e) vous allez spontanément baser la vidéo sur des éléments lexicaux et des exemples qu’ils peuvent comprendre.

Je dis surtout cela dans le cas où vous utiliseriez des contenus créés par d’autres enseignants. Il faut bien regarder la vidéo avant, pour vous assurer de l’absence de point bloquants pour vos apprenants. Sinon, ajoutez une petite note explicative pour vos élèves, voire une traduction si l’obstacle est de nature lexicale.

Enfin, il faut essayer d’équilibrer et de segmenter vos explications au maximum. Quand j’écris un script, j’essaye de faire deux ou trois parties et de passer un temps équivalent sur chacune, avec le même nombre d’exemples. C’est mieux de faire quelque chose de « symétrique », ça rassurera les apprenants.

2- Ça tourne ! L’enregistrement audio ou vidéo.

Une fois que vous avez votre script, il faut passer à l’enregistrement. Vous avez deux possibilités : vous filmer, ou juste enregistrer votre voix.

Si vous connaissez mes vidéos, vous savez probablement que j’ai choisi d’enregistrer ma voix uniquement, et ce pour plusieurs raisons.

D’abord, je ne suis pas à l’aise avec le fait de me voir en vidéo (je pense que beaucoup de gens sont dans ce cas). D’autre part, je trouve qu’on prend de la place sur l’écran au détriment du texte. Certains enseignants sur Youtube restent « présents » à l’écran en se plaçant en miniature dans un coin, ça permet de garder un espace suffisant pour les explications.

Enfin, je n’aime pas le côté trop traditionnel de la vidéo filmée : je trouve cela ennuyeux, je préfère les petites animations. Ça demande plus de travail, mais c’est aussi une question de goût. Je comprends tout à fait que certains enseignant(e)s préfèrent être présents dans la vidéo pour que la classe inversée rappelle un peu une classe en présentiel, pour ne pas « casser » le lien professeur-apprenant.

Après, il est possible d’alterner des passages vidéos où le professeur apparaît à l’écran avec des passages plus textuels et une voix de fond. Si cette solution vous plaît, ayez bien en tête que l’édition de la vidéo sera plus longue.

À vous de voir avec quelle formule vous êtes le/la plus à l’aise, n’hésitez pas à en tester plusieurs et à regarder ce qui se fait sur Youtube.

Pour ma part j’enregistre ma voix avec un micro professionnel, en lisant mon script. J’édite chaque prise de son avec le logiciel gratuit Audacity, pour retirer les passages peu clairs, les répétitions, les cafouillages, et certains bruits de fond (conseil d’ami : éteignez votre frigo si vous enregistrez dans la cuisine ! Oui, ça sent le vécu).

3- À vos claviers ! L’édition de la vidéo

Pour travailler sur la version finale de votre vidéo, il faut avoir des outils adaptés (je vous en parle plus loin), et respecter certains principes.

Les spécialistes de la classe inversée s’accordent à dire que les capsules vidéos ne doivent pas durer plus de 10 minutes, avec une durée optimale de 3 – 5 minutes.

Au-delà de 10 minutes, le risque de déconcentration est plus important chez les apprenants. Si vraiment votre contenu doit durer plus, n’hésitez pas à le segmenter en plusieurs parties.

La segmentation dont je vous ai parlé plus haut concernant l’écriture du script s’applique aussi au travail d’édition de la vidéo. Par exemple, il faut pouvoir donner des indices visuels au apprenants pour leur permettre de comprendre à quelle étape de l’explication ils en sont.

Vous pouvez ainsi garder un titre de partie affiché à l’écran, en haut ou en bas de la vidéo. Vous pouvez aussi utiliser différentes couleurs, notamment pour le fond de la vidéo, ou par type de texte (une couleur pour les explications, une autre pour les exemples).

Une autre astuce que j’utilise souvent dans les vidéos de Révise ta grammaire, c’est de laisser en bas de l’écran les informations vues dans la partie précédente, sous forme schématisée ou simplifiée. Le tout est de ne pas surcharger.

Quand vous allez créer votre vidéo, vous devrez « jouer » entre l’image et le son. Je trouve indispensable, en particulier pour les petits niveaux, que les deux soient présentés en même temps. Comme ça, les apprenants qui ont des difficultés en lecture peuvent suivre les textes grâce à l’audio, et ceux qui ont du mal en compréhension orale peuvent suivre la transcription.

Attention, je ne suis pas en train de dire qu’il est nécessaire de transcrire TOUT le texte, non ! Je ne le fais pas, d’ailleurs. Pour moi, l’important c’est d’écrire les exemples, les mots-clés principaux de l’explication. Et j’ajoute toujours les sous-titres sur Youtube, au cas où.

On attaque maintenant une partie plus pratique et technique : les outils pour créer vos capsule vidéos !

Les outils pour créer des capsules vidéos de classes inversée

Sur le site de « classeinversée.com » vous avez une liste d’outils en ligne pour créer des capsules vidéo de classe inversée.

Je vais vous parler ici de ceux que je connais. Si vous souhaitez vous former, je vous renvoie vers la formation proposée par le Réseau Canopée pour créer des capsules vidéo. C’est une petite formation d’une heure pour apprendre à utiliser trois outils, qui se fera à distance le 26 août 2020.

1- Screencast-o-matic

Attention, Screencast-o-matic est entièrement en anglais ! Mais il vous permet de faire des vidéos en capturant votre écran.

À quoi ça sert ? Par exemple, vous avez un power point ou une présentation pour votre contenu vidéo. Grâce à un logiciel comme Screencast-o-matic, vous allez pouvoir enregistrer ce qui s’affiche à l’écran. C’est un peu comme une capture d’écran traditionnelle, sauf qu’au lieu d’avoir une image, vous avez une vidéo !

Vous pourrez ensuite ajouter votre voix, et le tour est joué !

Les + : facile à utiliser, rapide, peu de connaissances techniques requises

Les – : il faut avoir une excellente présentation à la base pour que ça rende bien. Ça manque un peu de « vie » (mais c’est mon avis…)

Vous avez aussi Camstudio en logiciel libre (mais en anglais aussi).

2- Powtoon

Powtoon est le logiciel que j’ai utilisé pour mon expérience de classe inversée à l’Alliance Française de Cuenca. Je l’ai beaucoup apprécié, parce qu’il propose un large choix d’animations et de styles.

Avec Powtoon, vous allez créer des clips vidéo de maximum 10 minutes, et vous allez pouvoir animer des textes, des personnages, des éléments visuels, des transitions ; et ajouter un audio avec le clip.

On passe un certain temps sur les deux premières vidéos pour bien comprendre où sont les éléments, mais les suivantes se font très rapidement, parce que l’interface utilisateur est très bien faite.

vidéos pour la classe inversée

Si vous comptez faire une série de vidéos, je vous conseille de ne pas négliger la cohérence graphique. Gardez le même style de personnage ou d’image de fond. Trop d’éléments différents ne vont pas aider les apprenants à se familiariser avec vos vidéos. Je sais, c’est frustrant, parce qu’on a envie de jouer et d’essayer toutes les options !

Le choix des éléments graphiques de la version gratuite est plus limité, et il faut afficher un logo à la fin. Vous aurez également un nombre maximum de vidéos mensuelles à ne pas dépasser. Si Powtoon vous intéresse, vous devriez demandez à votre coordination pédagogique si c’est possible de dégager un petit budget pour un abonnement, ça sera bénéfique à l’ensemble de l’équipe !

Le logiciel en ligne est entièrement en anglais, mais plutôt facile à utiliser. Je vous conseille de bien enregistrer votre voix avant de passer à la création d’une vidéo animée, parce que sinon vous allez perdre du temps à re-caler tous les éléments sur votre voix (c’est l’erreur que je faisais pour toutes mes premières vidéos).

Les + : utilisation facilitée par la présentation claire du logiciel. Rendu final de qualité.

les – : si vous n’avez pas une bonne connexion Internet, vous allez y passer du temps. Version gratuite limitée.

3- After Effects

La suite Adobe est payante, et assez chère. Et il faut être formé avant d’utiliser After Effects, le logiciel d’animation et d’effets spéciaux. Ce sont du temps et de l’argent que j’ai choisi d’investir pour mon activité professionnelle, et je suis contente du résultat.

Comme je ne suis pas graphiste, j’ai également acheté un pack avec des pré-animations, comme mon petit nuage qui apparaît sur la vidéos de grammaire.

Le principe basique d’After Effects est de sélectionner des points sur une timeline pour un paramètre précis d’un élément (taille, position, couleur, etc), et de décider d’un point de départ et d’un point d’arrivée. La modification commencera au point de départ, et le point d’arrivée sera la fin de la modification.

Ça doit vous sembler déjà assez flou, donc je ne rentre pas plus dans les détails. Mais si ça vous intéresse et que vous comprenez bien l’anglais, je vous recommande cette formation sur Udemy (elle est en anglais), elle coûte 12€ pour une première inscription. Attention, il faut avoir téléchargé After Effects avant.

Comment faire des vidéos pour la classe inversée en FLE 3
After Effects dans toute sa beauté

Combien de temps pour créer une vidéo de classe inversée ?

Quand je faisais des vidéos de classe inversée à l’Alliance Française de Cuenca, voici combien de temps ça me prenait :

1- Écriture du scénario – 30 à 40 minutes
2- Enregistrement de la voix et édition du fichier audio – 10 à 15 minutes
3- Réalisation de la capsule sur Powtoon – 40 à 60 minutes (avec une bonne connexion !)
4- Contrôle final, visionnage, export au format vidéo, mise en ligne sur la plateforme pédagogique : 20 à 25 minutes

À cela il faut ajouter la conception des exercices, et la mise en forme de tout ça sur une plateforme pédagogique. Ça prend du temps, mais pour moi ça en vaut la peine ! Et une fois que les contenus sont créés une fois, on peut les réutiliser avec une autre classe de même niveau. Sur le long terme, ça s’amortit !

Si vous avez envie d’essayer la classe inversée sans vous engager sur long terme, j’ai ce qu’il vous faut ! J’ai créé pour les enseignants de FLE des packs de classe inversée disponibles dans la boutique du site, avec pour chacun une séquence toute prête pour vous lancer sans prise de tête.

prépositions pays et villes A1

Les alternatives à la création de capsules vidéos pour la classe inversée

Si vous n’êtes pas convaincus par les vidéos, rassurez-vous : la classe inversée ne se résume pas à ça. Au fil de mes recherches, j’ai compris qu’il n’y avait pas une forme de classe inversée, mais bien des classes inversées au pluriel.

Voici donc d’autres pistes à explorer pour des contenus de classe inversée en FLE :

Des documents authentiques

Vous vous souvenez des différentes étapes de la séquence pédagogique ? Il est tout à fait possible de commencer par un document déclencheur à distance, pour la classe inversée.

Imaginons que vous allez aborder le lexique de l’écologie avec un groupe de B1. Vous pouvez tout à fait sélectionner un ou deux articles sur ce sujet sur Internet, et demander à vos B1 des les lire et d’en retirer une liste de vocabulaire.

Au début du cours en présentiel, vous pourriez imaginer une activité utilisant les listes faites par vos apprenants (petit bac, compétition, etc). Le fait qu’ils aient eux-mêmes construit leur liste à partir d’un texte améliorera leur mémorisation du vocabulaire.

Il s’agit là d’un point de lexique, mais on peut imaginer la même chose avec un point de grammaire. Par exemple donner une chanson avec ses paroles aux apprenants, et les amener petit à petit à déduire une règle de grammaire.

Avec un groupe suffisamment autonome : les recherches

Au lieu de regarder une vidéo sur un point de grammaire, les apprenants de niveaux plus avancés (B1 – B2) peuvent tout à fait consulter des ressources (que vous leur mettrez à disposition) pour en tirer leurs propres conclusions.

Par exemple, imaginons que vous souhaitez que vos apprenants travaillent sur la forme passive pour la première fois. Vous pourrez leur donner des articles de presse, et des exercices avec la correction fournie. Le travail de vos apprenants sera le suivant : ils devront déduire la règle de formation du passif en croisant ces deux ressources. Ils pourront produire une fiche finale, individuellement ou en groupe, qui sera soumise à votre approbation.

Comment faire des vidéos pour la classe inversée en FLE 4

Ce genre de démarche demande un peu de pratique, je vous conseille donc de le faire d’abord une fois en classe pour que vos apprenants comprennent la démarche et l’intérêt de procéder ainsi : une meilleure appropriation du point de langue, et une meilleure rétention.


La vidéo est donc un excellent moyen de transmettre des contenus pour une classe inversée en FLE, quand on sait quelles étapes suivre et quels outils utiliser. Cependant, la classe inversée ne se réduit pas à cela, et vous pourrez tout à fait vous lancer dans ce projet en utilisant d’autres formes de ressources à donner à vos apprenants.

Si vous avez encore des doutes ou des questions, ou tout simplement si vous voulez échanger sur le sujet, n’hésitez à vous exprimer dans les commentaires. Merci pour votre lecture (c’était long !), et à très bientôt !

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